Personnages protestants qui ont marqué le Dauphiné – ÉPISODE 19a

SAGA : « Personnages protestants qui ont marqué le Dauphiné » !

Tous les 1er et 15 de chaque mois, découvrez un épisode !

Épisode 15

NEFF Félix (1797-1829)

Félix naît le 8 octobre 1797 à Genève dans une famille protestante séparée. Le père, Jean Henri NEFF, se désintéresse très tôt et totalement de son fils. Il vit à Paris où il s’est réfugié après avoir participé aux événements révolutionnaires de Genève, à la fin du XVIIIe siècle.

Sa mère, Jeanne-Pernette BONNETON, n’est pas pratiquante, tout au plus déiste, le fait baptiser, le 14 octobre 1797 au temple de Saint-Germain. Il n’a pas d’éducation religieuse. Félix aime fréquenter les assemblées des « Chrétiens pour la Nouvelle Église », lire les Psaumes, Plutarque, Jean-Jacques Rousseau. Un pasteur lui donne des cours de latin.

Très jeune, il est placé chez un jardinier et travaille ensuite chez plusieurs fleuristes où il fait preuve d’un grand intérêt pour son activité. Il écrit un livre sur la culture des arbres.

À dix-sept ans il s’engage dans le régiment d’artillerie de la Garde de la ville, et devient sergent deux ans plus tard. Il fait connaissance des « Momiers » de l’Église indépendante née du Réveil.

C’est après la lecture d’un petit traité traduit en français Le miel découlant du rocher, du pasteur Thomas Wilcox (1621-1687), qu’il passe par une conversion personnelle profonde et qu’il décide de consacrer sa vie à l’annonce de la Parole de Dieu. Il quitte l’armée en 1819, et part annoncer l’Évangile, d’abord en Suisse. N’ayant pas fait d’études bibliques, Félix commence à se perfectionner dans l’étude de la Bible avec les pasteurs de l’Église indépendante. Fin 1820, il commence une campagne d’évangélisation comme évangéliste indépendant et itinérant. Après Genève, il passe dans les cantons de Neuchâtel, Bâle, Jura bernois. Il prêche dans les prisons, tout en travaillant pour gagner sa vie.

Son style de prédication est très peu académique. Faisant preuve d’une grande liberté de ton, essentiellement axé sur la corruption de l’homme et le besoin de conversion. Ce discours ne plaît pas beaucoup aux pasteurs établis qui l’accusent de provoquer des troubles dans leurs églises. Il se sent vite incompris dans son pays et cherche à partir pour gagner un peu d’indépendance. Ayant entendu dire que le pasteur de Grenoble, César BONIFAS 1, recherche un évangéliste pour le remplacer pendant quelque temps, Félix NEFF part aussitôt. Il est vite déçu car il retrouve le même conformisme qu’à Genève et la pesanteur du formalisme ecclésiastique. C’est donc avec soulagement qu’il répond à l’appel du pasteur Scipion RAOUX de Mens dans le Trièves, qui cherche à son tour un remplaçant temporaire.

Félix arrive à Mens le 28 décembre 1821 où, en l’absence du pasteur Scipion RAOUX, il travaille avec son collègue André BLANC (cf. épisode N° 18). Il pense y trouver une paroisse dont les habitants, de moeurs plus simples, sont plus attachés à la foi chrétienne que ceux de Grenoble. Les auditoires sont considérables, environ douze cents personnes, mais, pour Félix : « Tout ce beau monde est mort. » Son opinion sur son collègue est d’ailleurs semblable : « BLANC à mon avis, quoique très orthodoxe, bon enfant et même très zélé, dort encore de toutes ses forces dans le protestantisme ». Très rapidement il doute fort de pouvoir rester à Mens car les Suisses ont écrit au pasteur et au Consistoire pour les mettre en garde contre son enseignement et ses méthodes. Félix ne se décourage pas et se met à l’oeuvre avec zèle, allant jusqu’à apprendre le patois pour se faire comprendre de son auditoire.

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Gilbert JOSS, Secrétaire Général du Musée

Notes :

1 BONIFAS César (1794-1855) est pasteur à Grenoble de 1820 à 1844. Il est chargé de la chaire d’exégèse de 1844 à 1845, puis de celle d’hébreu de 1845 à 1855 à la faculté de théologie protestante de Montauban.