« Art Profane & Art Sacré » (Molas)

  • Date de l'évènement : Du 8 au 31 avril 2014

Cet été 2014 , au Musée du protestantisme dauphinois ainsi que au Château des Hospitaliers du Poët Laval est  présentée l’exposition : « Art profane et art sacré des femmes Kuna de Colombie et du Panama »

Cette exposition, provenant de la collection privée d’Alain Becker, présente des ouvrages de femmes indiennes des tribus Kuna d’Amérique Centrale, Isthme de Panama, province du Darién et de Colombie. Ces ouvrages, véritables sculptures sur tissus appelés « molas » forment des plastrons portés par les femmes Kuna, sur leurs robes.

Ces œuvres, par les techniques employées, ont vraisemblablement été inspirées par des huguenots ayant migré à travers l’Atlantique au 16ème siècle et fraternisé avec les Kuna..

Au château vous verez les « molas », d’inspiration « laïque » et relative à la spiritualité amerindienne, à la vie quotidienne des Kuna et à leur environnement, au Musée évoquant de nombreux passages bibliques par l’arrivée de protestants baptistes et méthodistes au 19ème siècle.

Le peuple Kuna, ( ou Cuna) vit depuis des millénaires dans un environnement difficile (climat pesant, forte humidité, exceptionnel foisonnement de parasites). Une épaisse forêt tropicale recouvre leur territoire à cheval sur la Colombie et le Panama.

Les Kuna, «peuple jamais mis à genoux» ont préservé leur liberté au cours des dix derniers siècles malgré les tentatives d’asservissement  des Amérindiens du Nord et du Sud d’abord, des Espagnols ensuite, puis des Colombiens et Panaméens, de grandes compagnies nordaméricaines enfin. Ce n’est pas par la guerre qu’ils ont triomphé mais par l’astuce, la diplomatie et le compromis. Ayant la mauvaise fortune d’habiter le «pont» où l’Atlantique n’est qu’à 75 kilomètres du Pacifique, ils ont su s’allier aux pirates anglais et français pour déstabiliser une domination espagnole aux faibles effectifs.

Leur survie tient à ce que les Kuna ont su générer des médiateurs appartenant à leur culture et à celle des étrangers en même temps. Ces médiateurs leur ont appris les au-res, et aux autres qui sont les Kuna. De la sorte, les Kuna savent comment influencer les opinions publiques de leurs adversaires potentiels. C’est ainsi qu’ils savent mobiliser la monde internationale de l’écologie pour décourager les tentatives d’exploita-tions agricoles et minières  destructrices d’environnement sur leur territoire, le Kuna Yala, qui a la superficie du département du Rhône. La traduction de la Bible en leurs langues a joué ici un rôle capital : grâce à elle, ils disposent d’un texte de référence universel, d’un salvateur élément de langage comparatif.

Les Kuna n’ont d’ailleurs pas absorbé la Bible à notre manière. D’abord, ils n’ont rien à faire de nos débats théologiques européens. Pour eux, le contact direct avec Dieu est une évidence primordiale : les Saintes Écritures se suffisent à elles-mêmes et se font comprendre de tous mais à la manière de chacun. Si un Kuna comprend tel ou tel passage d’une manière différente de son voisin, c’est sa seule affaire car la première des libertés est de comprendre la Parole telle qu’on l’entend soi-même.

Les Kuna considèrent notre langue comme une servitude : la précision de notre vocabulaire et de notre grammaire oblige chaque auditeur à comprendre son locuteur sans liberté d’interprétation. Une telle langue aurait privé Élie de saisir le message divin exprimé par un souffle subtil (I Rois 19) ! À cette précision oppressive, les femmes Kuna préfèrent l’allusion, la suggestion, que leur interlocuteur comprenne par lui-même ce qu’elles ont à dire. Pour ce faire elles sculptent dans des épaisseurs de tissus superposés des dessins suggestifs que chacun peut «lire» à sa manière. C’est leur langage, un langage de liberté comme la Parole est liberté. D’ailleurs cette technique, celle de l’appliqué inversé, leur a été apprise par leurs amis huguenots qui l’utilisaient pour leurs vêtements de parade comme le montrent de nombreuses aquarelles du XVIe siècle. Dans leur langue elle se dit «mor», ou « mola ». Ces molas, autrefois considérés comme de l’art ethnographique sont maintenant présents dans tous les grands musées du monde et 75 d’entre eux, produits entre 1926 et 2006, racontent la Bible au Musée du protestantisme dauphinois.

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